Frais de port

Attention changement important sur la boutique : les frais de port sont ajoutés à la validation du panier paypal (à savoir  : de 0 à 9,9 € d’achat = 0€ de port, 10€ à 49,9€ = 5€ de port, de 50 à 99,9€ = 7€ de port, au delà : offert). Je ne peux plus faire autrement étant donné que la poste semble faire peser de nouvelles pressions sur les facteurs et factrices ces derniers temps à en juger le nombre de gravures qui sont arrivées pliées malgré mes emballages et stickers divers. Tout sera envoyé en recommandé tout achat de gravure(s) de taille supérieure au A5 pour m’assurer qu’ils soient remis en main propre (ou sale, après tout, vous faites ce que vous voulez avec l’hygiène).

ATTENTION si vous souhaitez offrir des gravures pour noël faites le avant le 15 décembre, ensuite je ferme la boutique jusqu’à début janvier !

t’as distro d’yeux

rencontres distros

Voilà le flyer (avé mon dessin) pour les rencontres distro de Bordel, qui font suite à la première, et qui auront lieu tous les 2è dimanche du mois et c’est cool.
La deuxième journée de rencontre aura donc lieu le 11 décembre, l’event FB est ici.
Les distros présentes seront (sous réserve de modification selon dispos de certains):

– I Lost My Idealism
– Tanxxx
– Perdu d’avance
– Amertume
– Les potagers natures
– No Glory Records
– Rinette Lost Word
– Bobby Pins
– Disparate
– Peace&Noise

J’en profite pour dire que la distro Perdu d’Avance a mitosé en deux et chaque cellule continue de son côté comme vous pouvez le constater. Donc j’y serai avec mon bac, avec dedans :
-Tonton, collectif BD
-des bouquins en sérico de chez Mille Putois
– des publications de chez United Dead Artists
– Le Pantalitaire (Julie Doucet), riso & sérico
-Popier Popol, polésie du quotidien moche
-Suck My Glock, le magazine féminin viriliste
-l’antisèche du clito
-Fourbi, zine de textes sur le travail
-Bobby Pins
-Homosexualité et civilisations extraterrestres (les éditions douteuses)
-Alien 3 (les éditions douteuses)
-Le Vilain Petit Canard
-Chéribibi
-les zines à moi
+ des zines de Antoine Marchalot, Pierre Ferrero et Bathroom Quest, quand je les recevrai !

Et faut que je trouve un nom à ma distro, je brainstorme à fond les manettes. Peut-être Deception comix, Distro Tro le petit âne, Distro manger ça fait mal au ventre, Distro Bistro, Dis Dis metapunk distro.
Je vais plutôt me resservir un café en attendant.

Marianne et les dessinateurs

Avant toute chose : ce texte ne signifie pas que les hommes mettent en scène le viol des femmes de façon consciente, et sont conscients des tenants et aboutissants. Souvent c’est fait avec candeur, sans penser à mal, parfois ce sont des hommes intelligents, réfléchis, talentueux, qui pensent sincèrement bien faire. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, et c’est pour ça que prêter l’oreille aux femmes, féministes ou non, qui s’insurgent quand vous choisissez, vous dessinateurs, de mettre en scène leur sexe n’est jamais une mauvaise idée. Il ne s’agit pas de dire que par essence les femmes ont raison, mais de dire que quand plusieurs femmes disent et redisent la même chose sur le même sujet, c’est qu’elles y ont réfléchi, qu’elles sont en prises avec un problème, et qu’elles s’adressent à la personne susceptible de faire bouger les lignes. Et aussi je rappelle qu’avoir un regard critique sur le dessin ou les arts de façon générale ne serait en aucun cas à mettre sur le même plan qu’une censure. Je pense qu’au contraire, la censure advient quand on a abandonné la critique. Mon propos n’est pas de dire aux dessinateurs ce qu’ils doivent faire, mais de dire que nous sommes responsables de ce que nous dessinons. Et je sais à quel point ça peut être compliqué.

Qu’elle soit anarchiste, socedem, de droite,  ou sans opinion (pour ce qu’elle compte de toutes façons), être une femme est universellement merdique (je vous invite à lireles femmes de droite” de Dworkin).
Le dessin de presse, entre autres, en est une brillante illustration. Parler de misogynie ou de sexisme dans le dessin de presse est une tâche tellement immense que j’y serai encore à la Saint Glinglin, aussi je me suis concentrée uniquement sur les représentations de Marianne violée et/ou battue. Et je sais déjà plus où donner du clic tellement il existe de variantes du même dessin.

Qu’on le déplore, qu’on en rie ou qu’on pense dénoncer quelque chose, le fond reste invariablement le même : Marianne reste une femme qu’on bat, qu’on viole, qu’on humilie.
Qu’elle soit une allégorie importe peu puisque les outrages qu’elle subit sont montrés de façon très concrète souvent, détournée parfois, par des hommes réels. Et le viol et les violences misogynes restent des réalités très concrètes aussi. L’allégorie fournit le prétexte à déchainer sa misogynie (consciente ou pas) sous couvert de dénonciation ou d’humour.
Quand on veut représenter l’état, ou la république, on invoque Marianne, qu’elle soit celle des révolutionnaires au sein dénudé, ou celle de la droite conservatrice, maternelle, son rôle est délimité, circonscrit, et ne dépasse jamais celui de la mère, la putain ou les deux à la fois. Qu’on souhaite Marianne disponible sexuellement et à la maison à élever les gosses pendant que les mecs font le boulot, elle reste à sa place sans qu’elle ose déborder. Dans les deux cas la femme n’a pas de pensée, pas de consistance, pas de personnalité.

Dans chacune de ces représentations, Marianne est passive, subit le viol, l’agression, et/ou le tabassage. Elle est là, amorphe, vide, creuse, au mieux en pleurs, à en prendre encore et encore plein la gueule. Quand on veut, en évoquant le viol d’une femme -explicitement ou non, directement ou non- dénoncer un abus de pouvoir ça signifie le marquage du territoire. Qu’on trouve insupportable le viol, ce plus grand crime apparemment, ne se fait qu’à la condition que la femme soit violée par l’ennemi, Marianne représentant tour à tour la fille de, la mère de, la femme de, son objet à protéger et qu’on s’arrache d’un bord à l’autre. L’ennemi change au fur et à mesure de l’actualité, et varie selon qui le met en scène : le terrorisme, le gouvernement, la droite, la gauche, la minorité, l’étranger, etc. l’ennemi peut être absolument n’importe qui, on le représentera invariablement en train de violer, tabasser Marianne ou on le suggérera. (si ce n’est pas Marianne c’est une autre, je rappelle que je reste concentrée sur ce sujet là. On a vu aux USA apparaitre la variante avec la statue de la liberté, dans le même goût).

Parce que le viol est insoutenable non pas pour la victime mais pour son mec, son père, son fils, son frère : c’est pas le viol qui est insupportable, c’est le non-respect de la propriété. Ça n’est pas le viol qui est insupportable, puisque on brandit le “droit à l’humour” quand des femmes parlent du problème de l’évocation systématique du viol, et qu’on leur demande de prendre ça à la légère* (ignorant au passage les statistiques qui font que y’a de grandes probabilités qu’on demande ça à une victime de viol). C’est pas la femme, la victime, c’est son mec, son père, son frère, son fils. On se fout pas mal de l’état des femmes qui subissent ces agressions.
{Aparté : Il est assez ironique d’ailleurs qu’on dise des féministes qu’elles “voient le mal partout” quand des hommes n’ont de cesse d’utiliser le sexe comme punition, que ce soit dans le dessin, le langage, ou les menaces proférées.}

L’analogie avec le viol, plus ou moins directe et explicite, comme on a pu le voir à d’innombrables reprises lors du passage en force de la Loi Travail avec le 49-3 (exemple parmi tant d’autre mais très parlant), ne fait que renforcer ce qu’on appelle la culture du viol. Le violeur, c’est l’autre, le violeur c’est l’homme tapis dans l’ombre de la ruelle, le violeur c’est l’ennemi, le violeur est hors-humanité et délimité strictement à un camp politique, à une classe, une couleur ou quoique ce soit qui permet d’altériser et de rejeter le problème hors de soi. La culture du viol a besoin de ces mythes et de ses fantasmes pour perdurer, si on altérise pas le violeur, il faut balayer devant sa propre porte et on ne veut surtout pas de ça. Désigner l’ennemi comme violeur, c’est désigner l’autre comme seul agent de la misogynie et couvrir ainsi les viols commis chez soi, par soi, dans son camp, qu’il soit politique, familial, amical, et ne jamais vouloir mettre un terme aux violences faites aux femmes.

Ça se constate tristement dans l’incroyable homogénéité des dessins de presse mettant en scène le viol de Marianne : qu’il soit anarchiste, socedem, de droite, ou sans opinion, le dessinateur est avant tout un homme.

Ici quelques dessins pour illustrer mon propos, pris dans les première pages google image en cherchant “dessin de presse marianne”. Je n’ai pas tout répertorié parce que ça serait un énorme travail à faire au jour le jour.
Voici quelques liens (dessins plus ou moins explicites)
dessin 1
dessin 2

dessin 3
dessin 4
dessin 5
dessin 6
dessin 7

*d’ailleurs si on s’en tient strictement à l’humour, j’aimerais bien comprendre pourquoi on nous dit qu’on manque d’humour à ne pas rire à une blague digne de Bigard et usée jusqu’à la corde (si on considère que ce genre de dessin a quoi que ce soit de drôle parce que très honnêtement je ne vois pas où se trouve le ressort comique, tout féminisme mis à part). Ce n’est pas manquer d’humour, ça serait plutôt avoir une plus haute estime de l’humour et nourrir d’autres ambitions pour l’art délicat de faire rire. Le rire peut être une arme, demandez-vous contre qui vous souhaitez tourner celle-ci.