le vigile (aventure au C&A)

le soleil à son zénith me cramait, alors que j’allais faire du shopping – refaire mon stock de débardeurs noirs – au C&A, le H&M du pauvre certes, mais un H&M du pauvre où les tailles ont une vraie signification.
j’entrai et déjà mille merveilles qui noires, qui rayées, qui molles et qui confortables me sautaient aux mirettes, m’éblouissant de promesses d’un futur mieux fagoté.
Alors que je regardais une petite robe*, une femme se mit à fureter dans les débardeurs que j’avais mis de côté. Poliment, je lui dis à peu près
– ô gente dame, ces frusques me sont réservées,
mais si à votre goût celles-ci se trouvent être
sachez que là bas vous pourrez les trouver”
montrant du geste idoine la zone aux débardeurs tant convoités. Interloquée et confuse, la dame me répondit
-ho ! nous avons donc les mêmes goûts
je ne saurais dire si d’un point d’exclamation, de suspension voire exclarrogatif finissait sa phrase, je ne savais donc quel sens lui donner, mais mon sourire affable ne quitta point ma face épanouie d’un printemps tardif qu’on confondait avec un été en avance.
La femme s’en fut, allègre, et je continuais ma flânerie. Point trop n’en faut, me dis-je, et je me dirigeais vers les caisses pour régler mes emplettes, que je fourrais dans mon sac à dos.
Guillerette je me dirigea vers la sortie. Un vigile, sûr de son droit me barra la route et s’ensuivit ce dialogue :
– votre sac madame
– quoi mon sac
– ouvrez le je veux regarder
– êtes-vous assermenté ?
– ???
– eh bien oui êtes-vous assermenté, je n’ai pas pour habitude de montrer mes effets personnels à n’importe qui
– oui
– montrez-moi quelque chose qui en atteste
– non, vous ouvrez votre sac, ou vous refusez ?
– je refuse, si vous ne me montrez pas quelque chose qui me dit que vous êtes assermenté
– bien vous ne sortez donc pas.
-ha. et donc maintenant il se passe quoi ?
-he bien vous restez là.
-ha ben non, c’est que j’ai des choses à faire mon bon monsieur, je veux sortir
-montrez moi votre sac, alors
-montrez moi un document qui me dit que vous pouvez regarder mon sac, et pourquoi moi d’abord
-on contrôle tout le monde
-c’est faux, regardez elle, et puis elle et encore elle, pourquoi vous leur demandez pas ?
-c’est aléatoire
-aléatoire pour des meufs à crête ?
-non, aléatoire, comme tout le monde… tenez madame montrez moi votre sac.
Une femme s’arrêta et montra son sac, m’interrogeant du regard, le vigile poursuivit :
-vous voyez tout le monde le fait
-et alors, c’est pas parce que tout le monde le fait que c’est normal
-vous voyez bien que je suis en tenue
-c’est pas parce que vous avez un polo que vous pouvez regarder mon sac
-mais si tout le monde dans le village vous dit que je suis vigile, vous ne les croiriez pas
-ben non
-!!!
-montrez moi votre sac ou vous restez là
-bon pourquoi vous voulez voir mon sac
-pour vérifier
-vérifier quoi ?
-que vous avez rien volé
-j’ai rien volé
-montrez moi votre sac
-montrez moi un document qui me prouve que vous le pouvez
-bon ok on va appeler la police
-faites donc
-…
-eh bien allez y j’ai des trucs à faire moi
-non, appelez les, vous
-haha ! je vais pas appeler les flics pour moi ça va pas bien non
-alors vous restez là.
-non
-si. d’ailleurs votre comportement prouve que vous avez quelque chose à cacher
-ben allez y appelez la police, mais il faut une raison valable pour ça vous savez
-non.
-bon bon. je vais chercher quelqu’un de la direction, peut être on pourra me montrer un document qui atteste de votre droit à regarder mon sac
-c’est ça, vas-y
-ah on passe au tutoiement ?
-ouai ouai tu vas voir
-ha bon ok, préparez vos excuses, vous allez avoir l’air con
-c’est ça, tu peux te brosser pour les excuses.
Une femme arriva, qui se présenta comme la directrice de ces lieux
-bonjour madame, le monsieur veut voir mon sac, mais je ne veux pas lui montrer si il ne peut pas justifier de son droit à le faire
-heu je mais pourquoi ?
-parce que, ça n’est pas normal
-mais enfin tous les magasins le font
-et c’est pas normal, je n’ai pas sonné aux portiques, rien, pourquoi on veut voir mon sac
le vigile me coupa : “ha mais c’est qu’on peut couper les étiquettes !” non sans une certaine fierté.
-peu importe, la norme serait de faire confiance à tout le monde, et fouiller les affaires une exception
la femme ne comprenait visiblement pas grand chose à ce que je disais :
-je ne comprends pas (AH) si il y a quelqu’un à l’entrée c’est pour ça et je vous assure que c’est son travail… sinon je peux le faire moi
-vous êtes assermentée  ?
-non
-ben alors non
-mais enfin je… il va falloir appeler la police
-parce que je veux pas vous montrer mon sac ?
-oui enfin c’est vous qui voyez, il va falloir les attendre, etc
-ok, allons-y, appelez la police, trouvez vite une raison par contre.la femme dit au vigile d’appeler. Je me tenais, stoïque, attendant.
le vigile repartit vers l’entrée et ne fit rien…
-vous n’appelez pas ?
-non vous appelez-les
-mais non, pas du tout je vais pas appeler les flics pour moi enfin, n’importe quoi
j’attendais, encore, 15 minutes étaient passées, j’avais faim, j’en avais marre. La femme revint
-mais c’est absurde !
-oui, donc montrez moi n’importe quoi qui justifie qu’il puisse regarder mon sac

le vigile, excédé, slaloma entre les clients qui s’était arrêtés pour observer la scène. tranquille, j’attendais en rêvant à des tartines.
-ha ben voilàààà c’est pas si compliqué, disais-je en scrutant le badge plastifié, et je lui ouvris mon sac et je pus lire dans ses yeux la gêne, alors que son regard se posa sur un sac C&A d’affaires tout juste achetées.
En 30 secondes, il put me ramener une carte qui attestait de son état de vigile. Trente secondes. Trente secondes, mais il fallait me faire avaler que moi j’étais bizarre, à demander des justifications à fouiller mes affaires personnelles, puisque tout le monde le faisait sans rechigner.
et je repartis, gambadant, vers un autre magasin, vers d’autres vigiles, vers d’autres aventures.

* de robe je ne pris point, puisque je ne peux tenir plus de 2h dans un accoutrement sans poche qui m’oblige à une certaine tenue , qui plus est.

grève (original !)

La collecte pour la grève à Amazon Montélimar est terminée. Nous avons rassemblé 1440€ avec Lizzie Crowdagger, Jeanne Puchol, Alexis Horellou, Lauranne Quentric, Oriane Lassus, les copains de Marseille, Antoine Kirsch. Un gros merci à eux pour leur générosité et une grosse pensée aux travailleuses qui ont repris cette semaine, force et courage , la solidarité est notre arme <3