la provocation

Ceci est un “ptit statut viteuf” que je voulais faire sur facebook, et patatrac je me suis emballée, du coup je le consigne ici. Pour situer le contexte : je réagis à la suite d’une embrouille avec Morgan Navarro à qui je demandais si il était sérieux dans ses réponses à cette interview dans l’express (oui je fais un lien je voudrais pas qu’on m’accuse de mentir ou d’exagérer, et croyez-moi, ça me coûte !). Innocemment, je voulais encore croire à une sorte de critique (ratée certes) du discours réactionnaire. Faut croire que je suis encore trop optimiste (ce qui ne laisse rien présager de bon).
Ce texte ne parle pas que de ce cas là, qui coïncide aussi avec l’atroce dossier sur la PMA dans Charlie, et hélas mille autres choses. Il traite plutôt de l’étonnement à voir ces dessinateurs et dessinatrices geindre qu’on les critique et qu’on réagisse.

Ce que je peine à comprendre : quand tu passes ton temps à prétendre taper sur “tout le monde” et que tu invoques une sorte de droit à la provocation sous la forme de “on peut tout dire !”, je n’arrive pas à comprendre que tu te vexes comme un pou quand des gens le prennent mal ou simplement te renvoient une critique en face.
Si tu fais de la provoc, c’est comme le port salut c’est marqué dessus : tu comptes bien PROVOQUER une réaction, alors pourquoi chouiner quand ça réagit ?

pourquoi pleurer à chaude larmes qu’on t’aime pas quand tu passes ton temps à chier sur la tête des autres et réclames une sorte de droit à tout dire ? ben soit, tu l’as ce droit personne t’empêche de dessiner et t’es publiéE et tu gagnes des brouzoufs, mais ce droit là il vient en pack avec la critique que tu vas te manger, c’est même écrit sur l’emballage NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT.

mais mon petit, il faut faire un choix en fait : ou tu provoques quelque chose ou tu provoques rien. Mais tu peux pas provoquer que le rire et ceci chez tout le monde, c’est pas possible ou alors tu fais des blagues de Toto absolument inoffensives (et encore je connais des gens qui rigolent pas aux blagues de Toto, rendez-vous compte).

mais le truc c’est que tu voudrais que ceux qui sont ta cible permanente s’esclaffent avec toi et te donnent des grandes bourrades dans le dos en s’écriant “HA SACRE GÉRARD* T’ES CON” oui ben en fait t’es pas leur pote, je sais pas si t’as remarqué.

Tu voudrais que personne ne te dise jamais rien sur ce que tu espères être au fond de ton cœur (ou tu le prétends du moins très hypocritement) une “provocation”.
À défendre la merde non-stop plutôt que réfléchir ne serait-ce que 2mn à la critique qu’on t’adresse – ou admettre que t’es bel et bien de droite ou de gauche réac puante ou un bon gros beauf qui espère être autre chose parce qu’il dessine – on sait où ça finit, à droite très à droite toujours plus à droite.
Aujourd’hui on aurait beaucoup de mal à dire si un dessin est publié dans Charlie ou dans Minute(**). Le souci c’est qu’on pense qu’être de gauche (ou le dire) suffit et qu’on peut du coup avoir des propos de droite voire d’extrême droite.
Dans le cas où on assume d’être réactionnaire, comme Navarro, il ne faudrait rien lui dire non plus parce que c’est “un procès” digne “de la fachosphère” et que lui est tolérant tu vois parce qu’il a dans ses amis d’avoir des gens qui ne pensent pas comme lui.

Il demande à ce que ces personnes soient “tolérantes” vis à vis de lui, quoi, en ne critiquant rien et en subissant ses états d’âme absolument abjects, de pauvre type raciste, misogyne, transphobe, homophobe, qui étale sa pensée de merde très LMPT jusque dans le vocabulaire employé, dans des journaux comme l’express aux côtés d’une autre ordure comme Finkielkraut et ceci sans voir le moindre souci.

Les intolérants, c’est nous, à ne plus vouloir entendre ces torrents de chiasse, à ne plus vouloir accepter de fermer nos gueules parce que ces discours ne sont pas seulement des mots mis bout à bout, mais ils sont la moelle épinière des violences tout à fait concrètes que des personnes en chair et en os se prennent dans la gueule quotidiennement et ces mots en engendrent d’autres, toujours plus nombreux, chaque jour.

Vous pouvez largement être de droite ou de gauche bien réac, vous pouvez même mener une carrière florissante là-dessus (c’est facile pour avoir des exemples y’a qu’à allumer sa télé, sa radio, ouvrir n’importe quel torchon), vous pouvez tout ça mais vous ne pouvez pas avoir la bénédiction des gens que vous utilisez comme marchepied pour accéder à votre petite gloire mesquine. Faudrait pas trop en demander non plus.

*ou Morgan, ou Eric, ou n’importe quel prénom choisit au hasard lol

**(et je précise ici que les nostalgiques veulent se radiner dans mes mentions pour me parler de ‘la belle époque” de Hara Kiri et de choron devrait regarder à nouveau le travail de ce dernier et l’écouter plus attentivement. Marrant ? pas tellement. Provoc ? hum.)