crow feeding

Désolée j’aime les corbeaux mais j’étais trop tentée par ce titre perrave.
hier on m’a demandé, et c’était pas la première fois, si j’avais envisagé le crowdfunding… Je venais juste de lire le Bento où le perso de Pierre Maurel pète un câble à cause de l’omniprésence de cette question, du coup paf, voilà mes deux francs sur la question. Après tout ça peut intéresser on sait jamais.

Je vais tout jeter en vrac, on verra si c’est cohérent plus tard.

Alors que la question “pourquoi tu t’autoédites pas” se pose pas aussi, et je trouve ça curieux parce que le crowdfunding vise a priori l’autoédition (mais pas toujours y’a des éditeurs qui passent par ces trucs et ça soulève encore d’autres questions mais bon je fais l’impasse ça serait trop long mais en gros je trouve ça franchement craignos pour les mêmes raisons que je vais développer ici + celles liées au rôle de l’éditeur), les gens (des gens) posent la question “pourquoi tu fais pas du crowdfunding” comme si c’était une solution miracle. Je crois que le succès fulgurant de certains financements participatifs renforce encore ce truc de loterie observé dans les milieux artistiques, on s’imagine que lancer un crowdfunding va nécessairement aboutir à un franc succès…
En oubliant tout un tas de paramètres : que le succès est là si et seulement si on a un réseau déjà important et une base de fans conséquente, déjà. Ensuite ramasser de la thune via un crowdfunding nécessite du travail, même avec une base de fans solides, la thune va pas venir toute seule : c’est un boulot de relancer encore et encore pour alimenter la caisse. Et dans le cas où le crowdfunding ne fonctionne pas – et ça arrive souvent (sauf qu’on préfère focaliser sur les succès) – c’est du temps perdu à tout jamais (et donc du fric).

C’est du taf de mener un projet (mot détestable que j’essaie de virer de mon vocabulaire mais là la flemme d’en chercher un autre pour le moment), mais la thune n’est qu’un seul paramètre pour sortir un livre : ça suppose que l’auteur ou l’autrice sacrifie un temps incroyable pour la promotion de ce livre, qu’iel s’occupe de tout, de rédaction, au dessin, à la maquette, à trouver un imprimeur, à avoir des connaissance de chef de fab, à la distribution, etc. Bref, il ou elle doit cumuler le taf de toute la chaine du livre, de l’écriture à la mise en vente. On est bien d’accord qu’on demande de plus en plus de ces savoirs aux auteurs mais bon bref, c’est pas exactement quelque chose sur lequel on peut passer aussi rapidement quand on parle de financement participatif en vue de s’autoéditer.
Et petit truc qui peut être franchement rédhibitoire me concernant c’est devoir gérer des merdes à n’importe quel moment de cette chaine, une erreur d’impression, les pertes de colis pour la distribution, etc, c’est autant de choses pour lesquelles il faut avoir de la thune au cas où et qui génèrent un stress important dès lors qu’on est fauchéEs (et c’est tout simplement inenvisageable selon les situations).

Bon là je pars du principe que c’est un financement un peu comme l’a conduit Laurel : plus y’a de financement plus le tirage du livre sera gros. Évidemment on peut le conduire autrement et fixer un tirage avant…
Mais dans le cas où on a un tirage fixé au départ, et donc une idée plus précise du coût, je ne pige pas qu’on ne mette pas en place pas un bon vieux système de souscription. Pourquoi tout le monde a oublié la souscription ? parce qu’il faut nécessairement des cadeaux bonux en guise de carotte pour les gens qui filent du blé ? (et rajouter du taf et des frais au taf et aux frais liés au livre seulement) parce qu’on vise le gros succès directement sans penser qu’un petit truc est aussi cool et parfois beaucoup plus adapté ? qu’on pense pas que le livre  suffit et qu’on s’en branle des badges et des conneries de cadeaux-carottes ?

Perso je gère mes gravures et mes zines comme ça : petits tirages, petites productions, et ça me convient et ça signifie pas pour autant que ça vaut moins que de gros tirages. Pour la BD je préfère passer par des éditeurs dits “indés” (alternos plutôt) pour plein de raisons. J’ai fait une fois une souscription pour un recueil de strips, à mon niveau, c’était cool mais je me vois pas du tout enfiler les tenues d’éditeur ou de distributeur à plus grosse échelle. C’est pas mon boulot, déjà, et j’ai pas les épaules pour mener tout ce taf, sauf à abandonner toute une partie de mon boulot, et j’en ai pas envie (pour un résultat peu garanti et qui m’intéresse pas tellement au final).

Ce qu’on oublie avec cette question “pourquoi tu fais pas un crowdfunding ?” c’est le boulot qu’il nécessite, ce que l’éditeur est censé faire, ce qu’est notre travail, ce qu’est notre situation, bref les questions liées à notre position sociale plus largement.

L’autoédition est un truc vraiment cool, mais je ne comprends pas pourquoi on devrait engraisser des plateformes de crowdfunding avec notre taf si on choisit ce mode de financement au détriment par ex de la souscription old school, ou du fanzinat. Le fanzinat  reste une forme tout à fait géniale et qui tend à redevenir un truc honteux semble t-il, et c’est franchement triste.
Le rêve de succès fait le bonheur des plateformes de financement participatif.
y’a aussi la forme que prennent les livres qui ne semble plus être une question importante, pourtant tout n’est pas adapté à de la belle reliure clinquante, sortir un livre veut pas forcément dire faire un truc classe et hors de prix, et parfois des publications qui auraient toute leur place dans des formes plus modestes se retrouvent dans des éditions luxueuses sans que se pose la question de qui peut acheter et qui peut accéder à ces publications… (ni jamais des conditions de production de ces livres et “goodies”).

Le fanzinat et l’autoédition ne sont pas des gros mots ni des formes honteuses, et ils permettent une liberté qui a tendance à se faire la malle dès lors qu’on cherche à séduire le plus grand nombre. C’est ce qu’implique aussi le crowdfunding, aussi.
Et puis l’individualisation encore plus poussée qu’implique ce mode de fonctionnement me fout franchement les jetons.

Bref, j’ai encore 12000 trucs à dire sur cette nouveauté qui n’en est pas tellement une qu’est le financement participatif, la seule nouveauté là dedans c’est les plateformes qui prennent bien de la thune au passage. Mais la flemme, et je dois imprimer, vous pouvez aussi lire Lizzie Crowdagger sur cette question par ici ou par.

(j’en profite pour causer un peu de ça : j’ai mis en place un tipeee y’a peu, un peu à titre expérimental et par curiosité. Je voulais pas rentrer dans ce système de cadeau, du coup j’ai mis zéro contrepartie. La thune du tipeee m’aidera à taffer comme je le fais déjà, ni plus ni moins, voire m’aidera à bosser sur des trucs plus librement. y’a pas de contrepartie, donc, sauf celle de voir des zines ou des choses que j’aurais pas pu faire autrement, mais du coup ça se perçoit pas, il n’y a pas, concrètement, de truc envoyés aux “tipeurs”, ça n’est ni quantifiable ni palpable. Mais ça m’aide à garder, dans une certaine mesure, mes prix bas. Voilà en gros. Je ne voulais pas d’un truc qui m’oblige à quoi que ce soit, j’ai fait ce pari on verra bien ce que ça donne)

 

4 réflexions au sujet de « crow feeding »

  1. Le crowdfunding c’est juste une campagne de souscription, mais c’est comme fake news, empowerment, pitch, manager, ça fait tellement plus cool quand on montre qu’on maîtrise l’anglais, la langue de Shakesp… euh non… la langue des start-ups.

  2. À part ça, je voulais dire un truc : je rêve d’une rencontre entre toi et David Revoy pour confronter vos points de vue sur le rapport entre création, droit d’auteur et politique économique. Ça serait super intéressant je pense.

  3. c’est pas exactement de la souscription dans la forme que ça prend non plus : la souscription en général le but est atteint et le nombre d’ex déjà fixé avant de lancer la campagne. Et il n’y a pas les goodies à la con en fonction de ce que les gens donnent…

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