Nom de dieu, on est cernés !

Déjà y’a peu, on nous a fait comprendre que les auteurs de BD sont rien d’autre que des gribouilleurs du dimanche, éternellement reconnaissants pour leurs exploiteurs. Et vla ti pas qu’aujourd’hui, on nous fait comprendre, mais un peu discrètement, en tant qu’artistes, que ha ouais tiens, y’a des problèmes, putain quel scoop. Mais on s’en branle complet on va plutôt peigner la girafe sur le dos des turbineurs ROOON.
Alors moi qui cumule les deux activités, comme plein de copains obligés de se diversifier pour survivre, pardon, SOUSvivre, je commence à en avoir ras le ciboulot. Enfin, commence…

Ça va bien les conneries oui ?
Comment on est censés bouffer si finalement la loi, qui existe, qui est là, bah en fait ON S’EN TAPE ! quand l’évidence hurle que ça sortirait beaucoup d’artiste de la merde noire dans laquelle ils croupissent vous trouvez pas ça un peu fort de robusta discount ? (rappel de ce qu’est être artiste-auteur dans notre belle contrée d’exception culturelle (haha) par ici). Le rapport du CAAP dit ça : merde les gars, c’est la vraie mouise pour les artistes et faire simplement appliquer la loi ça changerait beaucoup de choses, c’est simple, ça oblige personne à se taper un nouveau texte et à bosser un peu, ça coûte que dalle et ça aide beaucoup.
Le ministère, qui l’avait pourtant commandé ce foutu rapport, répond : fufufuuuu j’entends rien fufufufuuuu ah tiens ce rapport est super pour caler ma commode Louis-je-sais-pas-combien bancale.

Eh, connard, autant brûler direct le code de la propriété intellectuelle -notre code du travail- puisque de toutes façons on se torche avec ; franchement je vois même pas pourquoi on le garde. Si j’étais mauvaise, si j’avais les idées tordues, je dirais que c’est à cause des ayants-droit. Hin hin hin. Bah okay, d’ac, moi jveux bien qu’on le foute en l’air. Mais à ce moment là va falloir faire marcher sa boite pour savoir comment les artistes-auteurs y bouffent (*).

Et tsé pourquoi ils risquent rien à se foutre de nos pommes comme ça ? Parce que, artistes comme auteurs, on est tous repliés sur nos petites merdouilles persos et qu’on en a à peu près rien à foutre de l’état de délabrement du gazier à côté. Et pourquoi donc ? parce que nos boulots, précairissimes, nous ont bien bien isolés les uns des autres et que même tenter de causer à un auteur BD ça viendrait pas à l’idée d’un plasticien ou d’un photographe ou d’un écrivain, et vice versa. L’auteur de BD veut causer à un autre auteur de BD et encore, si sa BD elle est pas poucrave à ses yeux. Le plasticien veut causer à un autre plasticien, mais si ils ils partagent la même vision de l’ââârt. Sans déconner, les gars, merde quoi. Même dans nos turbins, on reproduit la désolidarisation qu’on a vu apparaitre chez les ouvriers (je cherchais un papier de Levaray paru dans CQFD à ce propos, impossible de refoutre la main dessus), et putain, y’a qu’à causer à un ouvrier deux secondes pour voir quel mal ça fait, et à personne d’autres qu’eux mêmes. Le taulier, lui, reste le cul au chaud et mate de haut cette merde qu’il a créé avec grande satisfaction: il ne craint pas la grève, il ne craint rien de ses petits soldats, trop occupés à s’entredévorer. Et il engrange, se fout de la gueule de ses turbineurs, ferme les usines pour trouver main d’œuvre moins chère, et là mon pote, bah tu l’as dans le cul : peanuts, trop tard pour rassembler ce qui a été éparpillé c’est long très long, bien plus long que diviser tout le monde, et t’es déjà mort. La solidarité, faut pas y penser que quand c’est la merde. C’est pas quand on se sépare qu’on doit se rendre compte qu’on a vraiment tout foutu en l’air, qu’on est amers, bah la solidarité, c’est pareil : c’est tous les jours qu’il faut lui faire des bisous et lui montrer qu’on l’aime.

Même quand un auteur de BD parle à un autre auteur de BD, ou quand un plasticien etc. faut pas croire pour autant qu’ils sont solidaires. Ça, ils sont tous d’accord pour dire que c’est la panade, y’a pas à tortiller du fion sur la question. Mais une fois que t’es seul chez toi à bouffer des nouilles à rien, y’a plus de copain à côté pour te rappeler comment et pourquoi c’est la merde, avec qui te chauffer le syndicalisme autour d’une binouse, et tu retombes direct dans le même circuit vicieux : t’as pas de ronds, t’acceptes n’importe quoi comme taf, sous n’importe quelles conditions. Et tu revois ton pote, et vous recommencez le même cinéma, avec une bière toujours plus dégueulasse. Tu vas passer de la Leffe, à la Kro, à la Pills discount et finalement à la 8.6 tiède sur le parking de super U. Y’a un moment, bah falloir faire ce cinéma là ailleurs que dans nos salons frigorifiés par manque de chauffage. Va falloir commencer à se dire que notre petite situation perso ne concerne pas que nous, que y’a machin et truc qui essayent de leur côté de s’en sortir, aussi seuls que nous, que machin et truc, si ils ont pas la même activité, dépendent quand même du même texte de loi, va falloir exiger de les faire respecter, d’en créer de nouvelles, ou se foutre de celles existantes quand elles se retournent contre nous, pour nous créer les nôtres, à notre service, parce que le peu qu’on a se fait la malle parce qu’on fait rien. Et pi après ça, que nous autres, artistes-auteurs, si on arrive à se mettre d’accord pour faire quelque chose, putain ENFIN, va falloir aussi que au delà de nos boulots si particuliers, s’intéresser à ses voisins précaires, salariés, ouvriers, intérims, chômeurs, RSAstes, parce que mon vieux, on est tous dans le même bain dégueulasse. Et qu’à bien reluquer, eux en chient comme nous pour exactement les mêmes raisons -SI SI- et qu’il ne sert strictement à rien de pinailler sur le fait que machin a droit à une mutuelle et que truc il a droit aux tickets resto. Ça c’est faire le jeu des puissants, mon gars.

Parce que c’est de la foutaise, ces privilèges. Si machin a droit aux congés payés dis toi qu’il doit obéir à une raclure, si bidule a un salaire il le paye en santé, et si même t’as droit à rien il te reste ta liberté toute relative que les gens n’auront de cesse de te renvoyer à la gueule. Comme je l’ai déjà dit et répété  si tu cherches, tu trouveras toujours un truc chez le voisin que tu n’as pas, mais ça marche AUSSI dans l’autre sens et ça on a tendance à l’oublier et c’est grave ; c’est ce qui nous mènera à toujours plus de merde parce qu’on sera infoutus de voir autre chose que ce minuscule privilège de merde chez son voisin. Et les politicards, main dans la main avec nos tauliers, trouveront toujours plus de micro-privilèges, jusqu’à ce qu’on soit complètement seuls, chacun dans sa petite merde si particulière, incapables de trouver nulle part un écho à sa détresse soigneusement délimitée.

Ne vois jamais autre chose, ne perds jamais ça de vue : ton voisin, il est comme toi : PROLO.

CQFD, journal de jean-foutres, crève la dalle lui aussi, j’y reviendrai

(*) J’ai bien une idée ou deux là dessus mais y parait que c’est pas le moment. C’est jamais le moment, vous me direz, forcément tout dépend de quel côté de la barricade tu te trouves. Pourtant c’est marrant hin, mais les congés payés, la semaine de 40h ça avait pas l’air d’être le bon moment non plus, pourtant, foutredieu, bah ça a été mis en place. Quel incroyable mystère ! Non, mon petit, ce n’est pas un mystère, les gonzes exploités se sont foutus en grève. Jamais rien de bon n’arrive aux prolos par l’opération du saint esprit ou la bonne volonté d’humanistes politicards (HAHAHAH).

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