les pieds dans la merde

Avant de partir au festival international de la BD sécuritaire, je postais ce statut sur mon facebook perso :

des anarchistes républicains, des patrons anarchistes, bientôt des poules avec des dents et mon cul sur la commode.

Et bien les poules dentées sont là, et mon cul est bel et bien sur la commode : me voilà bombardée chevalier des arts et des lettres.

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Alors que je sirote peinarde ma bière au stand de 6 Pieds Sous Terre pendant ma grève de la dédicace, je reçois un texto d’un ami qui m’apprend la nouvelle… J’ai cru à une blague, penses-tu, ben non.
Ha ça, pour une surprise !
Je n’ai eu aucune annonce officielle de la chose, tiens prends donc ça et démerde toi. C’est pas la politesse qui les étouffe, dans les hautes sphères.
Quel que soit l’angle par lequel j’attaque ce truc, ça fleure comme mes chaussettes après 4 jours de festival.
Le ministère, et plus largement le gouvernement, doit être bourré, je ne vois pas d’autre explication.

Toujours est-il que me voilà obligée de répondre, comme une andouille.

Quand je lis sur l’annonce que les auteurs et autrices ainsi promus “incarnent une bande dessinée engagée, en prise avec le quotidien, exprimant les inquiétudes et les enthousiasmes de leurs auteurs et de leur époque ” j’ai envie de demander :
Quel cynisme faut-il pour prétendre honorer l’engagement sans sourciller quand on est dans un gouvernement (et celui-ci comme n’importe quel autre) ?

Après l’armée qui chante le Temps Ces Cerises, la Commune commémorée en rebaptisant une station de métro, demain on nous annoncera qu’on va donner la légion d’honneur aux Goodyear, décorer les manifestants qui se mangent des coups de tonfa, foutre Louise Michel au panthéon, proposer l’intégration de Jean-Bernard Pouy à l’académie française, ériger une statue à l’effigie de Libertad devant l’assemblée nationale, le dessus deviendra le dessous, le chaud sera le froid, le noir deviendra bleu blanc rouge, et on chantera le Père Duchesne au 14 juillet. Sacrée rigolade.

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Le ministère doit se dire que les artistes doivent être assez cons et obnubilés par leur petit ego de merde que leur refiler un titre ça doit les flatter ? Je sais pas. Je m’imagine bien aller débourser 120 boules (une paille !) pour un pins moche et frimer dans les caves moites pendant les concerts crust, tiens.

Toujours est-il que mes amiEs ont ri tellement fort jusque dans mon téléphone que, passée ma colère, j’ai fini par les rejoindre dans leur hilarité. J’ai été touchée par ce rire, partager leur hilarité avec moi était la meilleure façon de me dire qu’ils n’avaient aucun doute sur ma réaction.
Mon engagement est celui des prolos. Et ma culture est aussi celle des prolos, loin des salons feutrés, des cocktails à la con et des titres honorifiques, de l’état et de ses singeries. On continuera à rigoler comme des godasses (© Bouzard) entre nous, et on trinquera à notre culture, celle qu’on bâtit, qu’on porte et qu’on défend malgré le ministère et des conditions de survie qui sont les nôtres.

J’ai trop de respect pour l’engagement, trop d’amour pour la culture qui me tient debout, et j’ai trop les pieds dans la merde pour être éblouie par du fer-blanc.

Chevalier mon cul, que crève l’état et son ministère.

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PS : Sans doute était-ce pour bien insister sur le fait que je suis une femme que le ministère a dévoilé ainsi mon patronyme, se torchant totalement avec mon droit au pseudonymat alors que je bataille depuis un bail pour ne plus avoir ce genre de problème. Ah, y’a pas à tortiller, le ministère est vraiment plein de respect pour les artistes. Et il serait bon que les journalistes ne relaient pas mon patronyme avec cette info s’il vous plait.

EDIT du 1/02 : Julie Maroh refuse elle aussi ce titre via un communiqué sur son blog, ainsi que Aurélie Neyret sur sa page FB. Et Chloé Cruchaudet refuse à son tour. Une belle réussite de com, bravo le ministère !

31 réflexions au sujet de « les pieds dans la merde »

  1. Je félicite Tanxxx pour son intégrité militante. Avoir accepté la médaille l’aurait fait passer pour une opportuniste qui fait du bad buzz pour sa promo.

  2. Après avoir bien rigolé, il faut redevenir “sérieux” ! Il est important que tu fasses une réponse argumentée et publique pour que la ministre ne vienne pas dire que tu ne l’as pas refusée ! Ils sont assez pourris pour cela.

  3. Rendre public un patronyme contre la volonté de l’auteur est une atteinte au droit moral protégé par le CPI …

  4. (ici figurait un article faisant la promotion d’une anthroposophe, pas de cette merde chez moi. Tanx)

  5. En plus un titre de chevalier (nom masculin) alors que tu portes une lutte anti-sexiste et féministe c’est vraiment trop cynique. Les dominants sont encore à la rue sur ce coup là (mais ils n’y dorment pas, eux). Félicitation camarade! Tu es entière, sincère et on ne regrette pas d’être “fan” de ce que tu fais et de ce que tu es! Ne lâche rien!

  6. Tanxxx, tu as le droit d’inonder internet de lettres d’insultes pour faire parler de toi, mais il serait sage et honnête de ne pas confondre les prolétaires avec les anarchistes.

    Si tu t’étais intéressée ne serait-ce que deux secondes à ce que peut penser la masse des pauvres cons qui bossent à l’usine, tu aurais découvert qu’ils vivent sur une planète située à des années-lumière de ta bulle d’artistes rock’n’roll.

    Tu seras donc bien gentille de ne pas t’autoproclamer porte-parole de la cause des prolos, surtout qu’on peut légitiment avoir des doutes sur la sincérité de la démarche, parce que se draper dans des postures anarchistes quand on bosse dans un milieu d’artistes où c’est ultra bien vu d’être d’extrême-gauche, c’est à peu près aussi courageux que militer au front national quand on bosse dans la police.

    • si tu suivais ce blog, tu saurais que quand je parle de prolétaire, je sais ce que ce mot signifie. Et je n’oublie certainement pas les ouvriers, ni les travailleurs des autres branches. tu peux voir ça notamment ici ou dans d’autres textes qui parlent de travail . Je ne m’autoproclame pas, je suis prolo. Un prolo n’est pas que l’ouvrier dans une usine, c’est quelqu’un qui ne possède que sa force de travail, qui n’a pas de capital. Donc ta petite leçon de l’ouvrier qui serait le seul apte à se dire prolétaire, c’est faux. Et c’est dangereux à une époque où on peine à remettre du discours de classe dans le militantisme. Je ne fais pas ça pour être bien vue (et su tu connaissais ce milieu, tu ne dirais pas ça, j’ai eu d’innombrables problèmes avec mes prises de position, ça n’est pas à proprement parler quelque chose de “confortable”).

      • Tu me fais dire ce que je n’ai pas dit. Relis-bien, je ne t’ai jamais traitée de sale bourgeoise. Je sais très bien que tu es une pauvre prolo qui gagne pas beaucoup d’argent, la question n’était pas là.

        Je voulais dire que tu n’es absolument pas représentative de la masse populaire au niveau culturel et politique. Et si tu veux réeduquer ces pauvres masses incultes faudrait commencer par t’intéresser à ce qu’ils pensent eux au lieu de prêcher dans ton monde d’artistes qui se regarde le nombril.

        Bon mais je laisse tomber, je pisse dans un violon. Je n’attends guère de bonne foi et de sincérité de la part des artistes engagés, parce que leur engagement ils en tirent du fric.

        • j’ai qu’une chose à dire : clique sur les liens dans l’article, ils ont leur importance. Je ne représente personne, dans mon texte et ça n’est pas ce que je dis : je dis que moi, je suis prolo, point. J’ai comme l’impression que tu crois, toi, que le prolo c’est un ouvrier qui regarde TF1. Je prétends pas éduquer les masses, je sais même pas où t’as pris ça, mais si ça te plait de le penser vazy donc. Ce qui est drôle c’est que j’ai le sentiment que si j’avais accepté ce truc, tu me serais aussi tombé dessus pour me traiter d’anar en carton. Faut pas trop s’étonner de l’état de la lutte si les rares personnes qui l’ouvrent sont conspuées par leur propre camp.

          • Cette discussion, ça me fait penser au triste constat des Pinçon-Charlot : les riches sont bien plus solidaires entre-eux que les plus pauvres, et c’est cette compétition à “çui qu’est l’plus dans la merde” qui permet aux riches de rester bien peinards dans leur bulle de confort.

            • Je suis abasourdie par la réaction de “Prolos”. Oui les Pinçon-Charlot ont malheureusement mille fois raison. De plus, qui décide de la légitimité d’un combat???? Où, Tanxxx s’est -elle, à un seul moment donné, auto -proclamée porte parole des prolos sauf dans votre propre fantasme personnel !
              Votre commentaire est plein d’idées préconçues, d’a priori ridicules et surtout extrêmement méprisants: je cite “Si tu t’étais intéressée ne serait-ce que deux secondes à ce que peut penser la masse des pauvres cons qui bossent à l’usine, tu aurais découvert qu’ils vivent sur une planète située à des années-lumière de ta bulle d’artistes rock’n’roll,” . Tanxxx a suffisamment d’intelligence de répartie pour se défendre elle même , mais vous ne méprisez pas seulement Tanxxx, vous méprisez toute une frange de la population qui sous prétexte qu’elle ne vit pas dans une précarité extrême, qu’elle ne connait rien du monde ouvrier etc etc , n’aurait pas le droit de se positionner, de réfléchir ? de s’engager ? je suis désolée mais votre post m’ébranle. Dites vous, qu’il faut AUSSI des intellectuels, des artistes, des ce que vous voulez et que vous semblez mépriser, défendant certaines causes et parlent aux élites, le même idiome, le même langage sémantique car c’est ces mêmes élites solidaires entre elles , ELLES, qu’il s’agit de faire évoluer. Badinter à fait abolir la peine de mort, et pourtant il n’était pas ouvrier que je sache !!!!! Simone Veil a permis que nous les femmes bénéficions de l’avortement et du droit de disposer de notre corps et cette femme n’était pourtant pas une communiste acharnée !!!!!! Je déteste les que l’on catalogue les gens. Pour reprendre une phrase célèbre, les “prolos n’ont PAS le monopole de la lutte des classes”.
              Je suis non seulement je suis en colère , mais je suis extrêmement triste … Nous n’avons pas besoin de légion d’honneur, d’un pins de ferraille qui valide notre soi-disant travail, l’important est vraiment ailleurs que dans ce simulacre de fausse reconnaissance et ça certains artistes l’ont bien compris, non pas par simple provocation comme vous vous évertuer à croire, mais simplement parce que la lutte des classes est un éternel recommencement… Bref…. :( Bon courage Tanxxx , visiblement , la route est longue .

              • Bordel aqueux, entre Mr “LES PROLOS” (qu’en cause tout de même à la troisième personne…) et Mme “Royal Cocotte”, l’amie Tanxxx est pas sortie d’l’auberge -et nous avec: les intellectuels-prolos-artistes-et-plus-si affinités (vas-y, amène).
                Donc si je pige bien, pour l’un on ne peut pas être “rock’n’roll” et prolo (alors que le rock’n’roll est né dans un champ de coton) et pour l’une on ne peut être intellectuel et prolo (donc en plus d’être exploités on est cons). Au moins, les deux tombent d’accord sur le fait qu’on ne peut cumuler l’état d’artiste et de prolétaire…
                Quant à Riad Sattouf, il encense les acquis sociaux dont il a (comme bon nombre d’entre nous) profité à raison -allocs, bourse, etc- tout en remerciant un gouvernement qui les brade à tour de bras.
                On voudrais enculer les mouches qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
                Quant au fait que “les prolos n’ont PAS le monopole de la lutte des classes”, t’inquiètes, le multimilliardaire Warren Buffet nous a déjà mis au parfum (au cas où on serait pas assez intellos pour s’en apercevoir tous les jours au boulot) : “Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner.”

                Signé : un “représentant de la masse populaire au niveau culturel et politique” (et si y’en a des à convaincre de cet état de fait, y sont invités à découvrir à leurs dépends la violence intrinsèque aux classes dangereuses dans ma cité de sauvageon banlieusard, parce que ça va 5 minutes les conneries bande de bouffons du Capital). Allez, une médaille et au lit !

                • Ah, juste pour me reprendre, oui, comme tu dis Tanxxx, on ne “profite” pas des acquis sociaux, peut-être aurais-je dû dire qu’on en “bénéficie”, ce grâce aux luttes de nos aîné(e)s… et un peu aux nôtre aussi quand on réagit à la réaction (aka ceux -et celles- que le progrès social n’arrange pas dans leurs petites affaires).

                  • Et puis (pour aller au lit sans médaille en digérant un Pineau des Charentes et un énorme Cohiba de prolo), vu que j’ai pas twiiter pour balancer du rock’n’roll de prol’ un chouia artiste, écoute ça de ma part camarade! https://www.youtube.com/watch?v=1L4GB_6iFHs
                    Two sounds of a revolution
                    Gotta gotta gotta go
                    In our hearts in our souls
                    Gotta gotta gotta go
                    (oi)
                    United we stand, divided we fall
                    Gotta gotta go

          • Tu as eu raison de refuser la médaille, la question n’est pas là.

            Le problème c’est les oeillères militantes ajoutées aux oeillères du microcosme artistique, le militantisme n’incite ni au doute, ni à l’humilité, ni à l’ouverture d’esprit, ça resteint les sources d’inspiration et les supports de publication, et ça empêche de voir des milliards de trucs que je vais pas pouvoir expliquer en trois lignes.

            Je te donne un indice pour te guider, demande-toi pourquoi le public aime le boulot de riad sattouf (n.b. ça n’est pas forcément la faute des médias capitalistes qui nous manipuleraient comme un troupeau de boeufs idiots) et plus particulièrement ses albums qui parlent d’une culture qui n’est pas la tienne.

            • je sais pas d’où tu sors que la culture pop dont je parle n’engloberait pas Riad Sattouf, que je lis par ailleurs avec grand plaisir… mais si tu veux disserter sur ce que tu estimes être la culture pop ou arguer pour savoir si oui ou non je suis légitime à ouvrir ma gueule (merci de me faire parvenir la liste des gens autorisés à le faire, j’ai pas eu le mémo) ou je sais pas quoi encore, je t’invite à ouvrir un blog, y’a plein de trucs gratuits pour ça. Bon vent.
              et je te bannis, vu la tournure que ça prend.

              • Je ne sais pas d’où sort ce LES PROLOS ni qui il est, mais j’ai appris à me méfier de ce genre de donneur de leçons depuis… mai 68 !

                A Nantes, on avait partout dans les AG et les manifs une grande gueule nommée B… qui ne remontait à tout le monde. Plus pur, plus révolutionnaire que lui, il n’y avait pas. Jusqu’au jour où on a découvert… qu’il avait sa gamelle chez les flics ! Il a su qu’on a su et a disparu loin, très loin.

  7. Salut Tanx!
    Ça fait longtemps que j’admire tes affiches, tes zines, tes gravures, et tout le reste et ça fait un moment que je consulte ton blog, lie tes textes et admire ton travail (plein de personnes que je connais le font aussi…). Et chaque fois que je le fais, j’ai envie de t’écrire pour te remercier d’exister et de faire ce que tu fais, de la manière avec laquelle tu le fais. Merci pour ton aplomb, tes images, tes prises de positions, tes strips, et tout et tout et tout! Merci de faire la grève à Angoulème! Merci de faire vivre une culture féministe, punk, anarchiste, prolo, comme on veut… par tes images. C’est rare et c’est important pour tout le monde!

  8. Bonjour;

    Ahahahah!!! Cela démontre bien que:
    #1: Ces personnes ne connaissent absolument rien de ton travail…
    #2: Et ne te connaissent pas non plus…

    C’est franchement du foutage de gueule, tiens…

    Entre ça et tout le bordel d’Angoulème cette année, j’ai mal a ma BD….

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