C’est qui l’patron ?

Ça fait longtemps que le sujet me turlute et que je tourne autour. Je travaille seule depuis un moment déjà, et une évidence a fini par ressortir de mes discussions avec des hommes du milieu de l’indé / euneudeurgrounde et de mes observations (et ce que je dis est applicable à tout : pas seulement l’édition, et pas seulement l’indé).
Quand j’explique comment je travaille, on me demande souvent si du coup je dois gérer l’aspect franchement pas terrible et chiant de la logistique, je dis alors que oui, je gère tout et je détaille : tout ce qui est emballage, commande d’emballages, allers-retours à la poste, déplacements, paperasserie et j’en passe, oui, je me tape absolument tout, et c’est le prix de cette indépendance et je considère cette partie du travail comme aussi importante, voire plus, que mon dessin et ma production. C’est cette partie là qui me fait bouffer, pas mes dessins à eux tout seuls, il faut être lucide.
Je me tape ce boulot chiant parce que je n’ai pas le choix et que je ne peux et surtout je ne veux absolument exploiter personne.

Mais quand j’en parle à des mecs (les meufs ne me demandent pas ce genre de choses), j’ai la nette impression qu’ils veulent pas se farcir ce taf-là. Comme exactement partout ailleurs (dans la musique, dans le militantisme, partout, que ce soit dans l’indé, le DIY ou le mainstream, c’est la constante universelle) les tâches de gestion, de logistique, d’organisation, le relationnel, sont gérées par des meufs. Ça n’est ni gratifiant, ni cool à faire, mais il faut que ce soit fait ou toute la partie visible du travail se casse la gueule.
On admire tout d’abord que j’arrive à m’en sortir, on se montre curieux de cet exploit, mais on déchante quand on réalise qu’il n’y a pas de foutu miracle.

J’ai pléthore d’exemples de ce type de discussions, et moultes anecdotes qui vont dans ce sens dans mon panier. Mon but n’est pas de désigner Truc ou Bidule, mais d’en parler de façon générale.
Mais juste un exemple au hasard : un copain ne voulait pas se taper cette partie du boulot. après des années sans nouvelles, il me contacte pour me dire qu’il lui reste des fonds de stocks d’affiches, il veut me les faire parvenir pour que je les vende et lui refile sa part. Le deal à la base c’était partager les affiches équitablement et chacun se démerde de son côté pour les vendre, ce que je fis comme je fais toujours.
Mais lui ne le fit pas, pendant ces années, oui imprimer et travailler avec des artistes est beaucoup plus enthousiasmant, mais il faut vendre la production derrière pour pouvoir continuer et là c’est une autre histoire.
“tu n’auras qu’à les vendre et me refiler ma part” dit comme ça, c’est sûr ça n’a pas l’air si terrible sauf que voilà ce qu’il me demandait de faire et qu’il minimisait (consciemment ou pas, c’est pas la question) :
stocker (ça prend de la place) trouver des emballages (c’est cher et ça demande du temps), gérer la boutique (encore du temps et des suées pour l’aspect technique), promouvoir (encore du temps),  emballer (encooore du temps),  répondre aux questions d’acheteurs  par email (rebelote du temps), aller à la poste avec tous ces emballages et payer l’expédition (cher + temps), et enfin paperasse parce que tout ça, c’est un travail déclaré (et parfois il faut gérer le SAV en prime quand la poste crée des problèmes).
Voilà ce qu’englobe cette petite expression “t’auras qu’à les vendre”, mais lui pensait pouvoir couper à ce travail et récolter la thune, sans coupe dans sa part pour rétribuer toute cette partie du taf – et des frais qui en découlent – que je devais me coltiner. J’ai évidemment refusé, et c’est un exemple parmi 100000 autres.
C’est un travail énorme et qui n’a aucune espèce de valeur artistique donc on n’en parle jamais. Mais tout repose sur ce travail-là, sans lui tu n’as plus d’édition indé, ni de production euneudeurground ni plus grand chose d’ailleurs.

Ce que j’entends, c’est des mecs qui aimeraient avoir cette indépendance, parce qu’elle permet de la liberté, de se défaire d’un exploiteur (quel qu’il soit : éditeur, galeriste, commanditaire, etc.), mais qu’ils pensaient que tout ça se fait magiquement, sans se farcir du sale travail. Leur boulot, c’est dessiner, les tâches subalternes ne les intéressent pas. Ça ne m’intéresse pas non plus, mais il faut qu’il soit fait, mon loyer et ma bouffe en dépendent. Effectivement c’est du temps que tu ne passes pas à créer, et souvent j’aimerais bien plus dessiner que m’occuper de tout ça (sauf les commandes d’emballage parce que je dois être une responsable des achats qui a manqué sa vocation).

Et c’est quelque chose qu’on retrouve partout (et pas seulement dans l’édition ou les arts) : quand tu regardes le festival d’angoulême par exemple, une très très grosse majorité de stands sont tenus par des meufs. Les éditeurs “indés” (faudrait vraiment qu’on trouve un autre terme) n’échappent pas à la règle, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on me prenne les autrices pour des vendeuses ou des hôtesses d’accueil quand elles sont en dédicace.

Quand tu regardes de plus près comment bossent des artistes ou des éditeurs qui se targuent d’indépendance, tu découvres qu’ils ont des aides, et très souvent de sont des femmes. Stagiaires, larbines, apprenties, elles gèrent les stands, les envois, le relationnel “logistique”, la part gratifiante du travail, visible, gérer la part artistique, celle qui  a du lustre et dont on peut se targuer, échoit aux mecs. Comme dans le maintream, là dessus il n’y a aucune différence (sauf peut-être la paye, et encore ça se discute vu la quantité d’emplois précaires et de statuts abusifs dans l’édition).

Je  parle de façon générale et heureusement il existe des exceptions. Mais ce sont justement des exceptions, ce qui m’intéresse c’est pas ce qui devrait être et louer ces rares exceptions, mais de me pencher sur ce qui cloche.
Toute la partie immergée n’est ni gratifiante, ni visible, ni bien payée (voire même pas payée du tout), et pourtant, sans ce travail indispensable, tout s’écroule, et beaucoup d’hommes ne sauraient être connus sans les femmes qui gèrent ces tâches dans l’ombre.
Combien d’artistes peuvent créer parce que leur compagne a un boulot, combien d’artistes délèguent un travail qu’il ne savent pas faire ou ne veulent pas l’apprendre pour le signer ensuite et en récoltent les lauriers, combien d’artistes n’ont pu émerger que grâce au travail invisible de femmes qui les épaulent, à ces femmes, compagnes, aides, qui ont géré, organisé, conduit le relationnel, lavé les chaussettes, et que sais-je encore… Et dont personne n’entend jamais parler.

Ce qui me fait grincer c’est d’entendre ces braves types clamer que DIY or die, que plutôt crever qu’avoir un patron ou devenir un vendu au capital, que vivre debout plutôt que crever à genoux… oui, c’est honorable, bravo, entièrement d’accord.
Mais ça signifie aussi se taper le taf au lieu de le déléguer de façon presque naturelle, en tous cas inconsciente, aux meufs, parce qu’on a “pas envie” qu’on “sait pas faire”, que c’est pas “leur boulot” ou  qu’on veut “se concentrer sur l’essentiel” ou que sais-je encore.

À en entendre beaucoup il faut bien noter qu’il n’y a personne au-dessus mais surtout ne jamais voir le larbin en-dessous. La précarité des femmes, c’est aussi ce travail là, dont on ne peut tirer aucune gloire, pour laquelle elles ne seront pas interviewées, pour lequel on a si peu de considération. Ce qui est encore plus drôle c’est d’entendre des artistes dire qu’ils ne s’en sortent pas mais refusent de faire ce travail-là. Certains attendent, les bras ballants, que quelqu’un les prenne en charge, les guide, gère pour eux. Ils sont révolutionnaires et artistes jusqu’à la moelle mais pleurent quand personne ne bosse spontanément pour eux, la joie au cœur. Attention, et je veux que ce soit clair : je ne prône pas le “quand on veut on peut”, cette idée me répugne, mais j’ai remarqué que quand tu parles à certains artistes, tout n’est jamais assez bien, le monde ne tourne pas assez autour d’eux et ils pleurent de n’avoir aucune facilité… Alors même qu’ils en ont déjà et qu’ils ne le voient même pas. C’est quelque chose d’assez difficile à expliquer pour qui ne l’a pas vécu, mais les femmes sont élevées pour anticiper et faciliter la vie des hommes, et l’art n’échappe absolument pas à la règle.
J’ai du lutter – et lutte encore parfois – contre ce conditionnement, pour arrêter de promouvoir le travail d’hommes plutôt que le mien quand une occasion se présentait, par exemple. Quand tu arrêtes de jouer l’agent ou le relai pour d’autres pour te concentrer sur ton propre travail, tu sens ceux-ci s’éloigner ou penser que tu n’aimes plus leur boulot, se désintéresser de ce que toi tu peux faire. Ne pas aider un homme spontanément quand tu es une femme revient à lui porter préjudice, ou à le rejeter. Mais je m’éloigne du sujet initial (quoique…).

Il n’est pas question pour moi de me vanter de faire ce travail-là, en fait je l’ai toujours fait sans me poser de question, pensant que vouloir l’indépendance signifie gérer tout de A à Z et j’en suis toujours convaincue. Ce que j’écris là c’est ce que j’ai constaté autour de moi pendant ces années à travailler dans mon domaine, que ce soit dans la BD, l’affiche ou l’autoédition. Je pensais sincèrement que c’était différent dans l’indé ou l’euneudeurground parce que les buts et motivations de ce milieu sont autres et que je pensais naïvement qu’avoir un but noble oblige à une autocritique y compris sur la question du sexisme et de la répartition genrée des tâches.
J’avais le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

 

NB : Une dernière chose pour clore cette énième tartine : parler de féminisme n’est pas se victimiser, comme je le lis hélas trop régulièrement jusque dans mes commentaires. Quand je parle de ça, je constate une oppression systémique, une hiérarchie qui entraine tout un tas de comportements entre dominant et dominé, plus ou moins évidents à décrire, énoncer (et conséquemment dénoncer).
Je ne me considère pas comme une victime, mais ma position de femme fait de moi l’inférieure de l’homme d’un point de vue d’une oppression systémique mais certainement pas de mon point de vue.
Se dire féministe intervient au moment où tu fais basculer “je ne suis pas une victime” à “je refuse d’être une victime”. Constater les choses ça n’est pas se lamenter, mais c’est l’étape nécessaire pour surmonter des difficultés qu’auparavant tu avais tendance à mettre sur le compte de ta personnalité uniquement, sans bien comprendre souvent pourquoi les schémas se répétaient ainsi (je ne dis pas que la personnalité des gens ne joue pas, attention).
Même si ça n’est pas toujours évident, je mène ma barque fièrement,  je ne me sens redevable de personne, et je suis plutôt contente de ma situation.

17 réflexions au sujet de « C’est qui l’patron ? »

  1. Vous voir faire de telles généralités sexistes, ça me fait un peu mal au cul, et ça me fout pas mal en rogne. Ok, le monde de l’édition véhicule une vision extrêmement paternaliste du travail, tout à fait nauséabonde : dans sa “maison” (j’ai horreur de ce terme, associé à l’édition, qui incarne tout à fait cette vision), le papa s’assied toujours en bout de table, les auteurs sont à ses pieds, et des femmes leur dressent le couvert. C’est vrai, c’est trop souvent comme ça. Mais quand même, des mecs qui se cassent le cul pour leur boulot et leur passion, qui emballent, expédient, répondent au mail, tiennent les stands, etc, y en a quand même un paquet, vous devez bien le reconnaître.
    Vous avez bien raison de souligner l’importance de ce travail invisible, absolument nécessaire à la réussite de tout projet éditorial, mais je ne pense pas que le faire ou non ait grand chose à voir avec ce qu’on a dans le pantalon. Ce n’est facile pour personne, homme ou femme, d’assumer l’ensemble des tâches que suppose la production indépendante. Moi qui suis un mec, je le fais pourtant. Mais ce doit être mon côté lopette…

    • tout ce que vous voulez comme chouineries “pas tous les hommes snif” (ce que je précise d’ailleurs mais vous avez sans doute lu trop vite) mais en revanche l’homophobie ne sera pas tolérée ici.

      • Merci, c’est très agréable de vous lire. Où vous pointez le sexisme il semblait pertinent de dénoncer le système paternaliste, car c’est ce modèle passéiste qui conditionne cette répartition injustifiable du travail. Et non, vous n’aviez rien précisé quant aux minorités, à vous lire on se sent vraiment tous dans le même panier. Enfin, plutôt que ma supposée homophobie, vous excuserez mon cynisme et mon penchant pour la provoc’, j’oublie toujours que le sarcasme ne sied pas bien à l’internet ; on ne m’y reprendra plus.

        • 7e paragraphe : “Je parle de façon générale et heureusement il existe des exceptions”.
          Le mot “lopette” est un terme homophobe, culturellement et étymologiquement. Peu importe votre intention.
          Bonne journée.

        • Le cynisme, école créée par Diogène, est une philosophie “politique et jubilatoire visant à apprendre l’humilité aux puissants”.
          Sous-entendre -même pour rire- que faire les tâches considérées comme étant féminines fait d’un homme un homosexuel (et que c’est péjoratif), c’est pas du cynisme, c’est juste de l’homophobie classique et tellement répandue que vous ne saurez pas nous la faire passer pour quelques chose de subversif.

          Taper sur les homosexuels c’est facile.
          Se remettre en question moins.

          Sinon, merci Tanxxx pour ce super article.

  2. Il ne vous reste plus qu’à embaucher des travailleurs clandestins, ou à demander à votre éditeur 6 pieds sous terre (c’est à lui qu’est destiné ce texte ?) de le faire.

    • il n’est destiné à personne en particulier, à tout le monde en général. et pourquoi la seule alternative à ce travail invisible des femmes serait l’emploi de clandestins ? bel aveu de la précarité des premières.

  3. Mouais, c’est effectivement ce que j’observe autour de mon domaine d’activités – et de plein d’autres – : cette assignation, peut-être pas systématique comme l’appuie Gabriel mais sans aucun doute largement majoritaire, des femmes aux tâches logistiques peu visibles, mais, comme vous le martelez, essentielles à la mise en valeur de la production et au bon fonctionnement d’une entreprise (on pourrait élargir à la structure familiale)… Symptomatique d’un système paternaliste, probablement en mutation, mais bien lente pour celles qui trimes “dans l’ombre”.
    Merci bien pour l’ensemble de ces réflexions récentes, et pour votre engagement qui donne espoir dans l’avenir d’une société plus juste. En tant qu’homme, vos textes incitent aussi à porter un regard plus critique sur ses propres comportements (plus ou moins conscients ou inconscients), regard pas toujours flatteur pour son ego, mais des prises de conscience régulières donnent matière à évoluer.

  4. J’ai encore discuté hier avec une amie, qui travaille dans un centre ressource associatif à destination des artistes (conseils juridiques, fiscaux, administratifs & co… destinés aux artistes “contemporains”, aux auteurs, aux dessinateurs, street artistes et que sais-je encore…). On en pense ce que l’on veut mais les rendez-vous sont gratuits, et faciles à obtenir moyenant une adhésion à l’asso (15 euros je crois). Ces détails sont précis afin que ce qui suive ne puisse être mal compris.
    70 à 80 pour cent des artistes qu’elle rencontre en rendez-vous ( et en formations d’ailleurs) sont des artistes “contemporaines”, autrices, dessinatrices… et, de fait, les autres 20 ou 30 pour cent sont des hommes. Je pense qu’il est clair que ce chiffre n’est pas proportionnel à la réalité de ces divers secteurs de la création ( ça se saurait sinon…).
    Qui plus est, la plupart des hommes qui viennent la voir le font toujours acculés par une situation vraiment merdique, tandis que les femmes viennent pour la plupart dès leur première facture, leur première déclaration…
    En résumé, toujours selon elle, les femmes avec lesquelles elle discute boulot, administration et fisc le font parce qu’elles savent que :
    1) c’est important pour elles (la connaissance de leurs droits, la maitrise d’un contrat de cession tout ça…),
    2) personne ne le fera à leur place,
    3) ça fait partie de leur boulot
    Que les raisons profondes pour lesquelles ces femmes, jeunes pour la plupart (on dit “émergentes”, pour les artistes) le font soient parce qu’elles refusent de déléguer ce travail, parce qu’elles n’en ont pas les moyens, parce qu’elles sont “arrivistes” ou parce qu’elles y voient un levier d’indépendance et d’émancipation n’est pas vraiment important ici, en revanche, ce qu’il l’est, ce sont ces 70 à 80 pour cent.
    A priori, il semblerait que seuls les chiffres comptent pour convaincre les “hommes biens” que certes, ils existent, mais que là n’est pas le problème…
    Histoire d’enfoncer le clou, lors de cette discussion, nous étions trois, elle, moi, et un autre pote, qui bosse ailleurs, dans un autre centre ressource comparable, dans une autre ville. Il a confirmé ses dires. Deux fois même. Et pourtant c’est un homme, lui.
    Le cadre est légèrment biaisé par rapport à ce qui est souligné ici, mais je ne crois pas me tromper en suggérant que ces informations soient comparables, et disent un état de fait profond, qui n’a rien à voir avec un discours, une opinion, ou un “engagement réel d’artiste qui préfère se consacrer vraiment à son art plutôt qu’à ces conneries d’administration”.
    Merci pour ce texte, comme pour les autres.

    • oui je me suis concentrée sur mon domaine pour ne pas m’éparpiller, mais ce que je raconte là peut être étendu à beaucoup de secteurs (pour ne pas dire à tout, y compris la sphère privée). Pour ce qui est des renseignements sur les statuts, merci de soulever ce point, justement : je me suis rencardée via une asso à l’époque où j’étais au RMI (zéro coût).
      Depuis, j’ai encore aujourd’hui des tas de demandes, d’amis voire même d’inconnus (y’en a qui osent), pour que je leur explique tout ce que j’ai mis beaucoup de temps comprendre et ce qui est maintenant accessible sur internet. De ce que j’ai observé, les nanas se renseignent bien plus par elle-mêmes, quand les mecs vont demander à ce qu’on leur explique tout individuellement. J’ai oublié effectivement ce côté là dans mon texte, j’aurais aussi pu en parler, tant l’aide individuelle a pu m’être demandée souvent sur ces aspects.

  5. 2 fois en moins d’une semaine dans un secteur qui n’a rien à voir, je me suis fait reprocher violement par des mecs de ne pas vouloir leur rendre les services suivants
    1/faire leur pub et leur créer un espace de travail accueillant, augmenter leur clientèle (qui lui est déjà servie sur un plateau d’argent car étant la clientèle que je me suis déjà créée) (+ d’autres trucs bien pires mais moins relatif au travail)
    2/donner mes outils de travails administratifs, ceux que j’ai mis parfois des semaines à comprendre et créer pour lesquels il n’existait pas de modèle préalable ; outils que je laisse déjà complètement libre d’accès mais pas sous la forme qu’exigait ce second mec.

    C’était vraiment violent après le 1er non, puis comme je restais sur mes positions c’est devenu chaque fois franchement dégueulasse avec des critiques très personnelles et des comparaisons méprisante du genre “moi je ferais tellement mieux”

  6. Je vois tout à fait de quoi tu veux parler…
    C’est quelque chose de très insidieux, très vaporeux…
    Merci d’avoir pointé “ça”
    “Je n’ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais c’est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement empêche de me confondre avec un paillasson” Rebecca West

  7. Je partage ce constat aussi dans mon expérience du monde associatif et politique, où bien des hommes occupent des rôles de porte-parole, auteurs de textes, etc, mais où on trouve plus de femmes sur les tâches moins gratifiantes (mise en page, communication, administratif, logistique).
    NB: la rédaction/prise de parole est un travail tout à fait nécessaire et parfois ingrat, mais reconnaissons c’est aussi quelque-chose qui amène de la légitimité dans les groupes. En plus ça a tendance à s’auto-entretenir : les hommes occupent plus ces places qui produisent de la légitimité, et quand on cherche une personne légitime pour intervenir ou écrire sur un sujet, on trouve … des hommes. L’argument du choix des personnes selon les compétences ne tient pas : tous les hommes ont été débutants à un moment.
    A nous (hommes) de nous investir plus dans les rouages qui font tourner les choses, en laissant la place et la parole sur des travaux plus “prestigieux”. Et pas la peine de faire remarquer quand on s’engage dans cette démarche.

  8. C’est très vrai ce que tu dis. ça me fait penser, dans un autre domaine, à une nana que j’avais rencontrée qui était femme d’artisan. La soixantaine arrivant, elle s’est rendu compte qu’elle ne pouvait pas quitter son mec pour qui elle faisait la compta et l’administratif, au black, depuis toujours. Jamais déclarée, parce que ça coûte trop cher en charges, impôts etc. Donc jamais cotisé à la retraite. Donc impossible de se barrer de la baraque où elle vivait – en faisant chambre à part – avec son mari. Et j’ai appris à cette occasion que cette situation est tellement courante que les femmes dans cette situation on créé une association de femmes d’artisan pour revendiquer leurs droits. J’avais été choquée par cette situation qui est bien semblable à ce que tu décris : le mec est le “professionnel” qui oeuvre auprès de la clientèle, et la meuf, dans l’ombre, se tape le boulot administratif, tout le “chiant” sans lequel la boite ne tourne pas.

  9. Bonjour TAnxx!

    Je découvre par hasard -est-il de réel hasard? et je ne peux qu’adhérer à votre questionnement.
    Ma vie d’auto-entrepreneuse indépendante (je faisais tout aussi) a été tolérée par mon mari du moment que ça ne lui demandait pas de travail supplémentaire. Evidemment, ce n’était pas officiellement dit mais dans les faits, je ne peux que me rendre compte qu’en plus de gérer toute la logistique du foyer (j’étais mère au foyer de 4 enfants), je me tapais tout, et seule. Par contre quand monsieur bricolait, il fallait lui apporter clous, tournevis etc. La comparaison parait certes légère mais on retrouve un peu trop souvent (je n’oublie pas les exceptions) cet homme aux ” bras ballants” qui attend “que quelqu’un les prenne en charge, les guide, gère pour eux. Je l’ai vécu dans la sphère familiale, moins dans mon travail puisque je suis enseignante aujourd’hui….
    En tout vas merci pour cet article et ta réflexion! Et je me félicite de n’avoir pas photocopié des pages et des pages pour mon collègues qui était intéressé par mon magasine, après tout la photocopieuse n’est pas faite uniquement pour les femmes!! :D

  10. Décidément, au lieu d’agiter une médaille en fer-blanc, le ministère ferait mieux de reconnaître ton blog comme étant “d’utilité publique” (vu qu’il est infoutu de faire acte de service public lui-même) !

  11. ” C’est quelque chose d’assez difficile à expliquer pour qui ne l’a pas vécu, mais les femmes sont élevées pour anticiper et faciliter la vie des hommes, et l’art n’échappe absolument pas à la règle.”.

    AH. Merci de mettre le doigt sur un truc qui me turlupine depuis looooooooooooooooooooooooooooooooongtemps longtemps longtemps sans que jamais je n’arrive à l’exprimer.

    Par ailleurs, merci pour ce texte, vraiment.

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