un point sur la caisse de solidarité

Hello !
ça fait une semaine qu’on a lancé le bousin avec Lizzie en soutien aux grévistes. Hier on atteignait les 1500€, pour 75 participants. On a décidé de reverser ces sous aux postier-e-s en lutte sur bordeaux, en grève depuis maintenant un mois. Avec les sous on a fait parvenir ce mot expliquant la démarche et les prénoms des participant-e-s à la collecte :

Chers et chères postier-e-s grévistes,

 

Nous vous avons remis hier un chèque d’une caisse de solidarité et voilà le pourquoi du comment de celle-ci :
Nous sommes travailleuses indépendantes, nos boulots ne nous permettent guère de nous mettre en grève, et la lutte dans des situations précaires comme les nôtres est quasiment impossible (pour tout un tas de raisons, à commencer par l’individualisation du travail), aussi nous cherchions comment prendre part au mouvement qui s’étend actuellement un peu partout en france. L’idée d’alimenter les caisses de grève avec notre savoir-faire nous paraissait la plus rapide et la plus simple à mettre en place, et nous permettait de faire circuler  assez vite par nos réseaux, c’est comme ça qu’on a proposé aux personnes qui voulaient soutenir les grèves de donner des sous en échange d’affiches et de textes à télécharger, grâce à la participation d’auteurs et autrices : https://strike.ouvaton.org/ et http://tanx.free-h.fr/bloug/archives/10519

à ce jour, 75 personnes ont participé à cette caisse de solidarité, avec un soutien chaleureux exprimé aux grévistes
On sait comme une grève peut être dure à tenir et comme ce soutien, moral mais surtout financier, est primordial.
Il s’agit tout simplement, au delà de la défense d’un service public, d’une solidarité de classe qui s’exprime au travers de cette collecte !

Nous vous transmettons tout notre soutien, tenez bon.
Les auteurs et autrices, Olivier, Laure, Caroline, Anne-Perrine, Séverine, Elisabeth, Delphine, Fanny, Adeline, Nausicaa, Pauline, Jean-Marc, Nathan, Pierrick, Dominique, Nathalie, Elina, Stéphane, Wilfrid, Mathieu, Nicolas, Matthieu, Antoine, Marion, Sallya, Maéva, Sophie, Théo, Sylvain, Anne-Claire, Floriane, Ilium, Stéphanie, Fred, Agnès, Valentin, Hugo, Clément, Luc, Vincent, Clémence, Sam, Alexandre, Christophe, Baptiste, Sara, Lucille, Yoann, Maxime, Juliette, Gaël, Virgnie, Amaël, Melissa, Jeanne, Fabien, Cédric, Léonie, Béatrice, Grégory, Maéva, Anne, Basile, Thomas, Miryam, Léonard, Stéphane, Élise, Aurélie, Thomas, Gabriel, Loris, Morgane, Arsène

 

Les caisses restent ouvertes tant que y’a besoin
vous pouvez évidemment soutenir directement les grèves chez vous (ça évite de laisser des ronds aux trucs en ligne de type pot commun, ça fait plus pour les grévistes et ça permet de discuter)
vive la grève !

grrr

étant donnés 1. la chute d’eau 2.le gaz d’éclairage et surtout 3. la grève, je ferme boutique jusqu’à nouvel ordre.
J’en profite pour faire un point rapide sur les caisses des grèves lancées hier, avec mes affiches et les zines avec Lizzie Crowdagger : on a récolté environ 400€ pour le moment. On va reverser la thune au plus vite aux grévistes qui en ont le plus besoin maintenant, mais continuez à remplir les caisses (que ce soit par nos trucs ou directement par les caisses des syndicats) les grévistes en ont besoin pour tenir !
Soutien à elles et eux, pour ma part je rouvre après les grèves…. Sauf si l’An 01 est instauré bien entendu

c’est la grrrrève !

encore une fois, je me suis demandée comment on s’implique dans une grève quand on est autoexploitée et que ça ferait chier personne sauf mon compte en banque si je décidais de débrayer… Cette fois ci encore j’ai cherché comment participer, avec mes moyens, mais sans non plus que ça devienne un travail parce que bosser pour soutenir une grève, ça serait bien un comble. Le but c’est non seulement de pouvoir alimenter les caisses de grèves, mais de s’impliquer, soi, en allant rencontrer les gens et si je bosse ben je peux pas le faire. BREF.
J’ai donc pensé à un truc simple : je propose des haute def de gravures, de grand format, à télécharger et imprimer chez soi, à prix libre. C’est à dire que vous choisissez parmi ces affiches, vous envoyez des sous via ce bouton paypal
UPDATE IMPORTANTE : paypal ne sachant pas ce qu’est un prix libre mis en place pour ce genre de choses (= achat d’objets numériques en gros) je dois suspendre ce système bricolé dans l’urgence. On cherche une solution avec Lizzie Crowdagger au plus vite. En attendant vous pouvez donner aux caisses de grèves bien entendu :
soutien aux postier-e-s en gironde
soutiens aux postier-e-s dans le 92
soutien aux cheminot-e-s (SUD)
Il en existe évidemment d’autres…

(…)
en précisant pourquoi c’est, et je vous envoie la (ou les) haute def choisie par email. Le format des affiche permet une impression jusqu’à 42×54,9 (format A2) en 200 dpi à titre indicatif.

Précision : ces affiches ne sont que pour un usage personnel, ou pour un affichage, pour soutenir les grèves en cours et uniquement ça. elles ne peuvent pas être utilisées pour des évènements  pour la simple raison que je ne veux pas retrouver ces visuels sur des causes que je ne souhaite pas soutenir (ne présumez jamais des engagements des artistes). Mais si vous souhaitez utiliser un visuel pour un évènement en soutien aux grévistes, je vous serais bien reconnaissante de me contacter avant, voilou.

La thune sera intégralement reversée aux caisses de grève qui circulent en ce moment sur Bordeaux, selon les priorités les plus grandes. Il semblerait que maintenant ce soit surtout les postier-e-s qui en ont besoin, mais ça peut changer en cours de route.

L’excellente Lizzie Crowdagger lance aussi un appel pour faire un zine de SF sur le travail en soutien aux grévistes et ça se passe par ici ! vous trouverez aussi sur la page des liens pour des caisses de grève si vous souhaitez passer directement par celles-ci.

 

un aperçu des visuels que je propose :

 

1- tarox – couleur

2- tarox – n&b

3- le travail

4- grève générale

 

encore une causerie

Décidément je fais que ça en ce moment ! j’avais répondu à Maël Rannou à une entrevue pour les Cahiers de la Bande Dessinée n°2, qui parait tout juste. Les restrictions du format papier ne permettant pas de s’étaler comme on veut, je me suis dit que ça pourrait être intéressant de reproduire l’intégralité des réponses que j’avais faites alors, les voici : (vous pouvez voir le résultat papier ici en cliquant sur la vignette ci-dessous)

1/ Y a-t-il encore un sens à distinguer une œuvre d’art en fonction du genre de son auteur.ice ?

Si ça a un sens, ça serait plutôt du côté des difficultés rencontrées par les autrices (comme tout métier) du fait de leur sexe. Ces difficultés concernent aussi bien la visibilité, que la critique même de leur travail. Sur le travail lui-même, on pourrait distinguer uniquement dans la perception qui en est faite par la critique, les lecteurs et lectrices, ou d’un point de vue sociologique, en tous cas toute lecture essentialisante est à proscrire absolument. Il n’existe pas de “sensibilité” masculine ou féminine, il n’existe que la société (ici patriarcale pour ce sujet) qui permet ou ne permet pas à la création de s’exprimer librement selon qui on est. Il serait beaucoup plus intéressant par exemple de se pencher sur le travail autour de cette nouvelle thématique : le féminisme et la BD didactique (j’avais fait un strip qui résume : http://tanx.free-h.fr/bloug/archives/10042 ), travail mené par les éditeurs maintream. On attend de la pédagogie de la part des femmes, et on voit fleurir tout un tas de publications au féminisme doucereux, assez inoffensif, et d’ouvrages biographiques. Encore une fois on demande aux autrices de mener ce travail d’explication et d’accompagnement. Elles peuvent trouver éditeur pour une BD “pédagogique” ou raconter la vie d’autres femmes mortes et/ou lointaines mais c’est un nouveau petit enclos qu’on leur réserve, or je ne suis pas bien sûre qu’on ait beaucoup gagné de liberté en déménageant d’un enclos à un autre.

2/ Comment te situes-tu par rapport aux expressions collectives d’autrices qui émergent largement depuis quelques années ?

Je suis évidemment heureuse de voir une réaction des femmes de ces métiers, mais c’est quelque chose qui peut être vraiment piégeant. J’ai pris de la distance vis à vis du collectif des autrices pour la simple raison qu’on ne m’interroge plus que sur ce sujet. Journalistes ou critiques m’invitent à répondre à des questions sur ce thème uniquement, ou écrire sur le féminisme dans mon métier. Mais je suis devenue féministe parce que la société, et ce métier, m’y ont acculée, je ne suis pas devenue féministe par goût. On devient féministe pour se défendre et comprendre comment on peut rencontrer autant de difficultés dans sa vie et son travail quand ça peut paraitre beaucoup plus simple pour des camarades auteurs hommes, et pourquoi tant d’autrices au mieux n’émergent pas au pire quittent ces métiers dans l’indifférence générale. Le crédit, l’argent, la confiance  va aux hommes quand nous devons encore et encore et encore prouver notre valeur, jamais acquise (même en gardant des réserves selon de quelle BD on parle, le déséquilibre existe toujours). Je travaille en solitaire depuis un bon moment maintenant et dans l’indifférence de ce milieu de la BD, aussi j’ai été un peu assommée de recevoir autant d’invitations à parler de ce sujet de la visibilité des femmes alors qu’ironiquement je n’en ai jamais eu si peu pour mon travail. Une vraie réaction positive serait de voir des interviews d’autrices sur leur travail, et en sortant des clichés habituels. Pour schématiser, on aura beaucoup avancé quand on interrogera une autrice sur les qualités de son travail, ses choix de narration, dessin, mise en scène et sans la sempiternelle question “qu’est-ce que ça fait d’être une femme dans ce milieu”, surtout que par là on n’entend pas vous parler de problème de visibilité mais de pointer le caractère exceptionnel d’être une femme autrice. Ce qui n’est pas le cas.
Hélas je crois que les expositions, évènements etc autour de ce thème du “féminin” ou du “féministe” sont inévitables : la place des femmes n’existerait peu voire pas sans ça. Le problème c’est de n’être plus invitée que pour ce type d’évènement et sur ce sujet là. Jamais, par exemple, on ne m’a interrogée sur le sujet du travail d’auteur en général dans un contexte syndical et de travailleur pauvre,  alors qu’il est le premier de mes sujets et préoccupations. Concernant beaucoup d’autrices on se cantonne à leur parler de “leur place de femme” quand elles maitrisent tout un tas d’autres sujets et on y perd énormément (et ça finit d’entretenir l’idée fausse que les femmes ne peuvent pas parler d’autre chose que d’elles mêmes, le féminisme n’est hélas pas vu comme une question politique, mais encore comme une question annexe, de celles pour lesquelles ont a créé l’affreux terme de “sociétal”). On se contente de ne voir dans le travail des femmes qu’une vision d’elles-mêmes et ceci réduit au maximum. même se raconter elle-même n’est que rarement lu comme un vrai travail d’écriture, de mise en scène, de choix (ainsi il y a quelques années dans un numéros “spécial femmes” d’une revue BD, on pouvait voir Julie Doucet résumée au récit de ses règles). Quand un homme écrit l’histoire d’homme le réflexe n’est pas d’y voir de l’autobiographie (même si ça arrive parfois, notamment dans la BD dite “indé”, terme peu satisfaisant mais bon…), et quand une femme met en scène une femme ça soulève très souvent ce type de question. Le masculin est universel et le féminin particulier, quoi.

3/ Peux-tu citer une figure d’autrice particulièrement inspiratrice ?

Brétecher a été (et est toujours) très importante pour moi aussi, même si il m’a fallu du temps pour m’en apercevoir. Aujourd’hui le travail de Oriane Lassus m’impressionne beaucoup, autant son talent d’écriture, de mise en scène que son dessin. Elle a une grande liberté et une intelligence dans son propos, une finesse que je lui envie beaucoup. Même étant féministe il est difficile de trouver des noms d’autrices tant elles sont minimisées et leur travail rarement promu comme celui des auteurs, la visibilité c’est aussi ça : faire entrer les femmes autrices dans la normalité de ce travail et pouvoir citer des autrices sans avoir à se creuser la tête.
Je précise tout de même que mon métier n’est pas autrice, mais artiste. Sans doute que me cogner à ce milieu finalement très conservateur a eu raison de ma patience, et je n’aime pas suffisamment la bande dessinée pour sacrifier autant de choses. Je me retrouve beaucoup dans ce que disait Julie Doucet (dans l’Eprouvette n°2 il me semble), aussi je pratique la bande dessinée épisodiquement et le plus librement possible, sans en dépendre financièrement.

C’est assez ironique aussi de répondre à ces questions pour déplorer un manque d’intérêt pour un travail au profit d’une position sociale, aussi je crois que ces questions seront les dernières auxquelles j’accepte de répondre sur ce sujet :)