Duraille


aujourd’hui je suis pas peu fière de recevoir Duraille. C’est un petit livre de photos prises du train, une de mes lubies depuis un certain temps.
Duraille est une publication des éditions Me Myself du très prolifique et génial Ibn Al Rabin, qu’il reçoive mes remerciements et gros poutous bordelais.
Le titre est bien évidemment un gros emprunt à Jean-Bernard Pouy à qui j’adresse tous mes remerciements et à qui je fais de  gros poutous itou.
vous pouvez acheter ce livre dans ma boutique, ou dans ma distro qui n’a toujours pas de nom lors des rencontres distro qui ont lieu tous les 2ème dimanche du mois au Novo Local à Bordeaux.

niaiserie

Une femme à son fils, se hâtant tous deux vers la boutique de produits capillaires, sous une pluie battante :
“ils ont l’effet cheveux mouillés, tu crois ?”

embourgeoisement et artisterie

Les prolos de Bordeaux ma ville de merde subissent les derniers assauts de la politique d’embourgeoisement de leurs derniers quartiers de centre ville St Michel, les Capucins et St Jean. Je voulais parler de ce phénomène depuis longtemps, en recentrant sur l’instrumentalisation – consentie ou non – des artistes pour rester un peu dans mon domaine.

Je vis ici depuis 15 ans. Contrairement à ce qu’affirmait Al1 JuP ce matin sur twitter je n’ai pas ressenti cet accueil chaleureux dont il parle. Il n’est pas question d’origine géographique comme le prétend Sud-Ouest (repris par tout un tas de journaux) ou d’un quelconque “anti-parisianisme” viscéral des populations visées par l’embourgeoisement, non, il s’agit bien d’une guerre de classe qui est menée, de plus en plus frontalement. Les prolos se défendent, et Sud Ouest se fait défenseur de la bourgeoisie sans qu’on en soit étonnés le moins du monde.
Arriver comme prolo dans cette ville il y a 15 ans et comme dans beaucoup d’autres rendait l’installation très difficile, et elle est en phase (ou c’est déjà achevé comme en témoignent les nombreux étudiants sans logement laissés sur le carreau) de devenir strictement impossible, avec les effets combinés de la politique de la ville, du phénomène air bnb, et des nouvelles mesures de “protection” des locataires (Loi Boutin), et la flambée des prix des loyers, qui ne font qu’enfoncer les pauvres et les empêche d’accéder au logement.

Un très bon article sur la gentrification* bordelaise par Laurent Perpigna avait paru sur mediapart, ainsi que sur le Pavé Brûlant (collectif antifasciste et non pas “anti bobo” comme le prétend encore une fois Sud Ouest repris encore une fois par la presse outre Bordeaux, sans même chercher à vérifier)(edit : le Pavé Brûlant publie ce jour un droit de réponse).

Voilà pour le phénomène dans son ensemble.
En tant qu’artiste prolo je me suis retrouvée de plus en plus à me demander comment rester ici sans me compromettre, et c’est de plus en plus dur de ne pas s’assoir sur ses principes. Le phénomène d’embourgeoisement instrumentalise les artistes. Certains (beaucoup ?) ne voient pas le souci et jouent ce jeu. J’ai lu pas mal d’articles sur des sites anars / presse indé qui tapent sur les artistes venant coloniser ces quartiers pauvres, si je comprends cette rancœur elle nécessite pourtant d’être creusée parce que ce ne sont pas les artistes qui embourgeoisent, mais les municipalités avec, souvent, l’appui de pseudo offices HLM.

Pour schématiser, les artistes ont des difficultés à se loger du fait de leur statut, et il en et évidemment de même pour leurs lieux de travail. Aussi dans les quartiers en voie de réhabilitation (terme poli pour parler de nettoyage social pur et simple). Plutôt mal lotis niveau finance, ils voient dans ces quartiers la possibilité de louer des ateliers moins cher qu’ailleurs, et cette vitrine artistique est très utile pour revaloriser un quartier laissé à l’abandon (par les municipalités : pour mieux tuer le chien on l’accuse d’avoir la rage). Les municipalités et les structures “culturelles” jouent cette carte à fond les ballons. Récupérer l’underground fait partie de ce phénomène, comme on a pu le voir avec ce fameux “mollat underground fanzine” organisé à l’iboat, ou encore comme cette proposition que j’avais eue de travailler dans le quartier de la gare en voie de réhabilitation (affreuse, une sorte de centre d’affaires qui finira aussi mort, prenons le pari, que Meriadeck) avec le centre d’art contemporain. Tout ceci bien entendu en ne proposant que des rétributions misérables aux artistes, puisque ça n’est pas tant ce  travail qui importe que la possibilité chimérique d’en obtenir d’autres (tout aussi mal payés voire pas du tout) ou d’en tirer une sorte de prestige tout aussi illusoire. Ou encore, un peu plus lointain, l’opération lamentable  Bordeaux Zob… euh Bordeaux 2013. Quand la ville postulait pour devenir capitale culturelle, elle s’était souvenue subitement qu’il existait toute une vie undergound et n’a eu aucun scrupule à draguer ce petit monde – moi comprise – pour l’embarquer dans ce merveilleux projet de vitrine. En ne proposant strictement aucune rémunération et nous demandant toutes les idées bien entendu (ce à quoi j’avais répondu que pourquoi venir nous draguer nous puisque la mairie n’avait de cesse de faire fermer nos lieux de vies à grands coups d’amendes et d’envois de flics).

Beaucoup de collectifs et d’assos d’artistes finissent par négocier avec la mairie pour obtenir des lieux, et des facilités pour organiser de rencontres, des expositions, des “évènements”. Ce n’est sans doute pas de gaité de cœur pour certaines, mais peu importe le degré de compromission puisqu’au final la mairie a un droit de regard et un contrôle sur ce que font ces collectifs et assos. Tenir par le fric est bien entendu le meilleur levier pour ça. Il ne s’agit pas pour la mairie de dicter ses vues (encore que…) mais quand on dépend financièrement (directement ou par le biais de prêt de salles etc) d’un tiers, on se retrouve naturellement à s’autocensurer pour ne pas risquer de perdre le tout petit peu qu’on t’a accordé. Et si on ne le fait pas, le phagocytage institutionnel finit par opérer, quoi qu’il arrive, et le discours le plus radical se vide illico de son sens. La bourgeoisie a ceci de pervers qu’elle s’accommode fort bien des discours les plus radicaux et subversifs**, les muséifie, en fait quelque chose de pittoresque et décoratif. Le contexte de création prime de plus en plus sur le propos. Peu importe le discours que tu pourras servir, le logo de la ville et de ses opérations de com (comme par exemple “Paysages Bordeaux 2017”) en feront un art institutionnalisé au service de la drague du bourgeois qui pense venir s’installer ici ou y vit déjà.

Aussi si les artistes n’ont souvent pas un choix énorme étant donné leurs moyens d’existence, il serait bon tout de même qu’ils et elles prennent conscience qu’ils et elles sont un rouage à part entière de ce processus d’embourgeoisement des derniers quartiers populaires. Iels sont là pour donner un crépis coloré de fun et de “culturel” aux politiques mortifères bien dégueulasses qui se jouent sous la surface, celles qu’on ne voit que si on reste attentif, les populations pauvres (et majoritairement racisées) sont expulsées loin, voire très loin. Nos lieux de vie sont fermés ou soumis à des couvre-feu arbitraires (comme on a vu sur le cours de l’Yser, profitant de la colère d’une riveraine qui venait d’acheter ici sans connaitre le quartier) pour frapper là où ça fait mal : le fric.
Tout se joue depuis des années, depuis même des décennies, et Bordeaux achève son travail maintenant et se montre de plus en plus pressée. La vitesse d’embourgeoisement est phénoménale et exponentielle, effrayante.

Nous n’avons certes pas de fric, mais si nous souhaitons pouvoir encore vivre ici défendre le droit des prolos (que nous sommes aussi) à rester dans les quartier où iels sont néEs et ont grandi pour beaucoup, il faut cesser de jouer les agents gentrificateurs et nous débrouiller entre nous. Parce que continuer à jouer ce rôle là n’arrangera en rien nos situations, nous ne sommes qu’instrumentalisés : le jour où on aura plus besoin des artistes, nous devrons partir à notre tour. Et quand on voit à quel point ces compromissions avec la mairie ne payent même pas on se demande bien la raison qui pourrait nous pousser à continuer.

Bordeaux crève de sa bourgeoisie, c’est pas nouveau, c’est Bordeaux quoi. Mais il n’est pas question de participer à cette politique de guerre de classe en voie de se terminer, puisque c’est – pour beaucoup d’artistes – NOTRE classe qui est en ligne de mire. Envoyons-les se faire foutre et serrons-nous les coudes, recréons nos lieux à nous et faisons vivre ceux que nous avons encore tant que nous le pouvons, entre nous, en DIY, sans logo de merde et sans bourgeoisie.

 

*je renvoie aux textes et livres de JP Garnier pour ce terme, je lui préfère le terme “d’embourgeoisement” pour les raisons que ce sociologue évoque ici. J’ajoute que si le travail de Garnier sur l’urbanisation est très intéressant, je reste très critique sur les positions qu’il a pu tenir sur d’autres sujets.

** les exemples sont légion et il me faudrait un article dédié rien qu’à ça. Il suffit de voir les grands évènements culturels sur, par exemple, les révoltes, les punks, l’activisme, ou que sais-je encore. Ou mollat underground fanzine lol.

 

des nouvelles du Tarox

Le Tarox est imprimé, massicoté, prêt à être assemblé et envoyé à tous et toutes celles et ceux qui l’ont précommandé cet été. On a aussi imprimé dans la foulée le poster pour les concert des Burning Heads et Unsane en octobre, il sera dispo au concert.
Concernant le Tarox il n’y aura a priori pas de rab, mais je n’exclue pas une réimpression par un autre moyen, je me renseigne pour le moment.
Un énorme merci à l’Insoleuse pour la patience et ce travail rondement mené, big up !

Il faudra attendre mon retour de Lyon pour les envois du Tarox, j’y suis dès mercredi prochain pour une rencontre au Bal Des Ardents avec Fabcaro et une expo à La Luttine ensuite :

Si vous êtes sur Lyon, avez précommandé le Tarox et comptez venir à la rencontre ou à l’expo, merci de m’envoyer un message au plus vite si vous voulez que je vous le donne en main propre !